Je ne mets ici que le détail de séjours qui ont fait l'objet d'un voyage d'au moins quelques jours.
Je ne mets que les séjours concernant des années déjà décrites dans le blog.
1956 : je vois pour la première fois l'Allemagne de l'autre rive du Rhin. Nous sommes à Neuf-Brisach, en Alsace, et on voit Alt-Breisach ou le vieux Brisach en face.
Pour aller en Allemagne, même de l'Ouest, il fallait encore un passeport.
Mon père nous explique que nous devrions être inscrit sur son passeport, comme nous ne le sommes pas encore, on regarde l'Allemagne de loin mais on n'y va pas.
1964 : sur le chemin du retour des vacances, on passe par l'Alsace. Pendant les quelques jours de séjour, on visite rapidement en face, Freiburg im Breisgau, le Feldberg, le plus haut sommet de la Forêt-Noire, le Titisee et Hirschsprung dans la vallée. Je n'ai fait qu'un an d'allemand, et je rêve des coiffes à pompons rouges, des chalets avec des toits de chaumes qui descendent jusqu'à la moitié de la maison, des forêts de sapin, de légendes, de fontaines enchantées.... Au Titisee, j'entends les gens parler allemand, et je ne comprends que Ja et Nein et quelques formules de politesse.
1967 : l'assistante allemande qui nous donne les cours d'allemand renforcé me donne une correspondante. Nous nous écrivons, puis ma correspondante vient passer 15 jours chez nous en été, elle veut être prof d'allemand et de français (ce qu'elle réalisera), et comme je veux être prof d'allemand, ça tombe bien! Notre tactique est la suivante, je lui écris toujours en allemand, elle m'écrit toujours en français, je corrige ses fautes à la fin de ma lettre, et elle corrige mes fautes à la fin de sa lettre. En France, nous ne parlons que français. En Allemagne, nous ne parlerons qu'allemand et ça fonctionne vraiment bien.Donc, ma correspondante vient chez moi pour la première fois fin juillet 67, j'ai 16 ans tout juste, et j'entre en Terminale.
1968 : Münster en Wesphalie. Je vais pour la première fois seule en Allemagne, aux environs de Pâques. Je n'avais pas compris qu'il fallait aussi aller à la messe le lundi de Pentecôte et s'habiller en conséquence ce jour là. Je sors de la chambre en tenue de tous les jours, en pantalon de velours cotelé, au grand effroi de ma correspondante et de sa mère, qui me renvoeint 'm'habiller pour la messe". je ressors avec une jupe écossaise rouge et un haut en laine de couleur brique dont quelques camarades de classe me diront ensuite que ces deux couleurs là ne vont absolument pas ensemble. Son père m'explique plein de chose sur les monuments de la ville, la Paix de Münster en 1648, les cages des anabaptistes en haut de la Lambertikirche. Je comprends tout ce qu'il me dit comme si c'était du français. Je visite tous les monuments de cette ville, et le dimanche quand son père est libre, on met les manteaux dans le coffre de la voiture bien chauffée, et on part en excurtion dans le Teutoburger Wald, on va à Teklemburg, Bad Iburg, au Hermanns Denkmal et aux Externsteine. Bref, on fait tous les grands sites de la région. La grand-mère de ma correspondante habite avec eux, de même que son frère. Son père et son frère jouent tous les deux de la guitare, et accompagnent Horch, was kommt von draußen rein que je chante avec eux de ma "glockenklare Kopfstimme", ça tombe bien parce que ça fait deux mois que je joue de la guitare, j'ai encore 16 ans, bientôt 17 ans, je passe mon bac, et je passe pour un génie auprès des copines et des cousines de ma correspondante qui passe son bac à l'âge normal en Allemagne, 19 ans, et a déjà 19 ans depuis janvier. Pour la guitare et le chant, on me dit que je passerai bientôt à la télévision, mais ce n'est pas encore fait aujourd'hui! Je chante "Sagt mir, wo die Blumen sind" qui est encore mon hymne aujourd'hui, on m'apprend Der Mond ist aufgegangen et Am Brunnen vor dem Tore. Je chante aussi les classiques du genre en anglais et quelques chansons françaises. En anglais, c'est Fare thee well qui est mon préféré parce qu'il monte très haut. En France, on me dit toujours, chante en français, on ne comprend rien, en Allemagne on écoute tout dans un silence religieux. Le soir dans un demi-sommeil, les voix entendues dans la journée passent et repassent dans ma tête avec plein de mots en allemand, je sais que c'est là que ça décante, que je saurai encore tout le vocabulaire qu'on m'a expliqué dans la journée demain et après, et encore après... je reste 15 jours là-bas, Martin Luther King est assassiné, et on regarde les nouvelles sur le tout petit écran en noir et blanc, ça commence à bouger à Berlin-Ouest au moment où je reprends le chemin de la France, je ne sais plus un mot de français quand mes parents viennent me chercher, mon père connait l'allemand qu'il a appris pendant la guerre, mais ma mère dit "Parle français, je ne comprends pas ce que tu me dit." Visiblement, j'ai du mal à me remettre à ma langue maternelle que j'ai failli oublier en 15 jours, malgré les lectures pour le bac que j'ai faite entre deux et qui interessait ma correspondante. De nouveau à la maison, j'ai le cafard et je pleure pendant trois jours. A partir de ce moment, j'ai toujours pleuré en rentrant d'un voyage durant lequel j'avais été seule avec des amis. ça faisait drôle de rentrer à la maison, d'être au calme après un grand tourbillon de vie. C'était pareil lorsqu'une correspondante quittait la maison, ça faisait très vide d'un seul coup et on pleurait.
1969 et 1970 : A Pâques encore, je passe 15 jours en Allemagne chaque année, je pense que l'une des années, on a eu 3 semaines de vacances à Pâques et que je suis restée 3 semaines, ma correspondante, passe toujours la deuxième quinzaine de juillet chez nous.
En novembre 1969, j'ai fait connaissance de mon futur époux, qui n'est même pas encore "mon petit copain" alors, et nous parlons en allemand ensemble. Il deviendra "mon petit copain", comme on disait à cette époque, à l'insu de mes parents, au printemps 1970 et comme il est bilingue de naissance, nous parlerons toujours en allemand ensemble.
dominique

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